textes par Fréderic DURAND

 

Origine de la paroisse

La borne du pélerin

Les Ports de Cadaujac du Nord au Sud :

Port de Grima

Port de l'Esquillot

Port d'Hourtin

Port des Places

 

Les origines de la paroisse de Cadaujac

 

C’est vers le IIème siècle après J.-C. que le village semble avoir commencé à se développer, à partir du domaine d’un certain Catalidius, riche propriétaire terrien. L’installation de population gallo-romaine à Cadaujac a pu être démontrée sur les sites de deux hameaux. Tout d’abord, à Paté, vocable qui semble tirer son nom du latin pastum qui signifie pâture. En 1884, une nécropole à incinération gallo-romaine avec de très nombreuses urnes funéraires y est découverte, datée grâce à la présence de pièces de monnaie de Faustine et de Crispine (vers 138-192).

Non loin de là, plus au Nord, on trouve le quartier de Joye. Son nom viendrait du gascon joye signifiant joie ou du latin jovis, Jupiter.

Peu de gens savent qu’il renferme une fontaine vénérée depuis l’époque celtique dans le rite de la religion druidique. Objet d’un culte fervent jusqu’au début du XXème siècle, elle avait la réputation de guérir les yeux. Elle sera christianisée sous le vocable de Saint-Hilaire.

La toponymie actuelle rappelle également cette présence antique au Sud de la commune, bientôt mise à mal par les invasions barbares. La rouille de la Bugonne, ruisseau au nom celtique qui sépare Cadaujac de Saint-Médard d’Eyrans, signifierait pour Joseph Béraud-Sudreau « fontaine des pâturages ou fontaine des bœufs ». Le Pont Cardeau qui passe au-dessus, traversé par l’ancienne voie Bordeaux-Agen, a par ailleurs conservé la forme latine de Cardo signifiant limite et grande voie dans un sens Nord-Sud.

 

Pendant le Haut Moyen-Âge (VIème-Xème siècles), temps des villae rurales, un « peuplement relativement dense, en tâches » occupe les meilleures terres, selon Bernard Cassagne. « L’impression qui domine est le cloisonnement en zones d’habitat séparées par des déserts de landes ou de forêts.

Les hommes se sont fixés en bordure de Garonne, sur le mince galon de graves qui borde le fleuve » ou regroupés sur le tracé des voies romaines. Dans son étude La Formation et l’évolution du tissu paroissial des Landes et Graves du Bordelais (IVème-XIVème siècles), l’historien date la naissance de la paroisse de Cadaujac à l’époque mérovingienne (VIIème-VIIIème siècle)..

Le site de l’église a d’ailleurs fourni des tombeaux de pierre de cette époque. Signe qu’aux temps mérovingiens, s’élevait bien là une église de laquelle devait relever la paroisse que M. Cassagne a pu reconstituer.

Pour la délimitation de son territoire, ses recherches l’ont amené vers plusieurs hypothèses possibles :

 Martillac, Cadaujac et Saint-Médard d’Eyrans ne formaient qu’une seule paroisse, grande circonscription paroissiale primitive dont la matrice était Saint-Médard d’Eyrans, paroisse peut-être créée vers 560 après la mort de Saint Médard.

Ces paroisses ont en effet des formes complémentaires et possèdent un réseau hydrographique spécifique qui détermine une unité naturelle : marais drainés et transformés en prairies, dominés à l’ouest par des croupes de graves. De plus, « au Nord, les marécages compris entre l’Eau blanche et l’estey de Courréjean isolent Cadaujac de Villenave. A l’ouest, la lande isole Martillac de Léognan ». Les trois paroisses auraient donc été fractionnées par la suite.

- Ou bien « on peut imaginer aussi que Cadaujac est née de la réunion de terres empruntées à Villenave d’Ornon et Saint-Médard. Les deux anciennes paroisses seraient, alors, séparées par le ruisseau de la Péguillère ». Cette appellation vient du gascon peguilhèira qui signifie "allée pour les troupeaux"  sous-entendu à travers la lande. Chaque quartier avait son peguilhey conservé ou abandonné pendant la seconde moitié du XIXème siècle lorsque l’activité pastorale perdit de son importance. Nul ne sait pourquoi un ruisseau fut nommé ainsi : s’il est possible qu’il était par le passé navigable, les bêtes ne devaient probablement pas être transportées dessus… Il existait cependant un chemin de la Péguillère au niveau du château Bouscaut, aliéné en 1898 faute d’utilité

 

 

La borne du pèlerin :

 

Il est dit que son endroit initial indiquait l’intersection exacte des trois communes de Cadaujac, Saint-Médard d’Eyrans et L’Isle Saint-Georges. En réalité elle était proche de cette intersection mais pas exactement dessus. Les représentations sculptées reprennent des éléments du blason de Cadaujac : une croix de Saint-André, rappelant que le Chapitre Saint-André de Bordeaux était baron de la paroisse et sur la face nord, en direction du fleuve, les emblèmes des pèlerins (un bourdon indiquant la direction du sud, encadré par deux coquilles Saint-Jacques). La borne servait en effet d’indicateur aux pèlerins de Saint-Jacques de Compostelle.

Le célèbre historien et archéologue Léo Drouyn (ci-dessus son croquis) se montrera méfiant vis-à-vis de la croyance populaire locale selon laquelle le terme de « tombeau du pèlerin » lui aurait été donné suite à l’inhumation d’un pèlerin à ses pieds. A l’origine, cette borne était surmontée d’une croix, ainsi put-on la nommer « la croix du Pèlerin » en 1868. Mais le sol ayant été fouillé jusqu’à deux mètres de profondeur, nulle trace de restes humains ne fut découverte sous le monument. Cependant, la disparition d’un pèlerin sur Cadaujac est bien attestée par les registres paroissiaux le 17 septembre 1788...

Au Moyen-âge, en France, les anciennes voies romaines ont été longtemps utilisées. Celle qui reliait Bordeaux à Agen, appelée la Caminasse, partait de Bègles, passait à Courréjean et suivait à Cadaujac le tracé actuel de l’avenue de Courréjean et celle de Saint-Médard d’Eyrans, le long de la voie ferrée. Au lieu-dit Croix de Paté, elle croisait le chemin du Port de La Roumey (à côté du domaine de Droit), c’est-à-dire le port des roumieux, nom médiéval dérivé du gascon roumìu signifiant les pèlerins. C’est en effet cette voie que les pèlerins empruntaient pour se rendre à Saint-Jacques de Compostelle, depuis le Xème siècle. Au départ de l’abbaye de la Sauve Majeure, centre d’accueil pour les pèlerins traversant l’Aquitaine, ils reprenaient leur voyage vers le sud, en empruntant le chemin qui menait à Quinsac. Sur le port d’Esconac, qui dériverait du mot latin concha, c’est-à-dire conque ou coquille, un passeur les transbordait sur l’Île de Lalande qui possédait alors une chapelle. Pour atteindre la rive gauche et Cadaujac, un passage à guet au niveau de Droit devait permettre aux fidèles de traverser le fleuve à pied. A leur retour, la maison noble du Clavet, à Saint-Médard d’Eyrans, pouvait leur servir d’abri pour la nuit. Sur les vieux cadastres le chemin de La Roumey à Clavet se nomme le chemins des pélerins.

ci-dessus, photo de pélerin, création de l'artiste Danielle Bigata (de Saucats), siuée à Gradignan, au "relais de Compostelle"

 

 

borneUne confrérie de Saint-Jacques entretiendra le culte jacquaire dans la paroisse de Cadaujac jusqu’au XIXème siècle, mais la borne tombera dans l’oubli jusqu’à ce qu’un universitaire ne la redécouvre en 1957. Afin d’éviter qu’elle ne soit endommagée, elle sera déposée le 1er novembre 1967 au pied de l’église, selon le souhait de l’abbé Abrard, curé de la commune à cette époque. Les anneaux métalliques que vous voyez aujourd’hui au pied de la borne sont une invention de Mr l’abbé.

 

 

 

 

Les ports de Cadaujac du Nord au Sud :

 

 

 

Pour faciliter le travail de chargement ou déchargement des gabares, un chemin de halage fut aménagé en 1841 sur la totalité du front de Garonne, même si un chemin piétonnier existait bien avant. Il faisait une dizaine de mètres de large et des passerelles en bois appelées palées enjambaient les esteys. Il sera progressivement abandonné après l’arrêt de la pratique du halage, bien que l’obligation de laisser ce passage libre n’ait jamais été abrogée.

 

Le fret total a pu atteindre les 6545 m² en 1883. Les marchandises transportées consistaient en pierres de taille, poteaux de mines, bois de pin, fumier, gravier, sable, planches de bois, barriques, cercles de barriques, etc. Pour leur dépôt sur les ports, un droit de place était exigé, mais les Cadaujacais bénéficiaient de 48 heures gratuites. La clientèle venait parfois de Cadillac, Podensac ou Rions.

 

 

- Le port de Grima :

 

 

Appelé anciennement Port de Caplong, Grima est la déformation du nom Grimard, que l’on retrouve dès 1723 au moins. Il était le Grand Port de la commune, celui par lequel les grands négociants et propriétaires viticoles de Léognan et Villenave d’Ornon faisaient acheminer leurs barriques. Y habitait une grande famille de bateliers, les Dupuch, dont la maison existe toujours.

Au XIXème siècle, de retour de leurs affaires sur Bordeaux, il était plus sûr pour les propriétaires de Quinsac, Camblanes, Cambes, etc., de franchir la rivière les jours de tempêtes à Cadaujac où l’eau était toujours calme, plutôt que depuis le port bordelais. Mais à partir de 1840, à cause du mauvais entretien et de l’effondrement progressif de l’emplacement destiné au dépôt des marchandises du port, le Port d’Hourtin lui sera préféré pour le commerce.

Cela dit, une gondole à vapeur fonctionnera encore jusqu’à la Première Guerre mondiale. Elle amenait ses passagers jusqu’à la place Richelieu, à Bordeaux. Et même en période de mascaret, le voyage durait à peine une heure. Dès 1812 y accostait un bac, supprimé en 1865 par le Préfet, mais réinstallé à la demande des habitants qui en avaient une grande utilité. Le débarcadère avait été établi en 1852 et la cale en 1856.

 

 

- Le port de L’Esquillot :

 

 

 

Il demeure le plus visité aujourd’hui, avec la ferme exotique et le centre équestre, la halte nautique créée en 1993 et sa cale de 1997. Le mot s’en rapprochant le plus est le gascon esquilhòt qui signifie noix (décortiquées). Ce qui rappellerait la forme des embarcations, en coquille de noix. Mais l’occitan esquilhar signifie aussi glisser. On peut imaginer qu’il existait là une fabrique de bateau car dès 1810, l’endroit appelé « Lesquille » (sorte de bateau) est dit « très peu fréquenté » et peu praticable pour débarquer.

 

 

 

- Le port d’Hourtin :

 

 

Son nom est une déformation du mot « fortin ». En effet, depuis le Moyen-Âge, on l’appelait le « port du fortin » puisque Monicaut de Cadaujac y avait élevé un bâtiment en 1341, avant que les chanoines de Saint-André, seigneurs de la baronnie de Cadaujac, ne prennent rapidement la décision de sa démolition. Il a aussi été appelé Port de Bourges en 1626 ou Port d’Artigues en 1718. Dans un texte de 1813, on apprend que le chemin qui y mène « est le principal débouché de Léognan, Martillac et Saint-Médard » qui y faisaient transiter leurs tonneaux de vin pour les négoces à Bordeaux. En 1828, on dit aussi que ce port est le plus spacieux et le plus fréquenté de la commune.

 

 

- Le port des Places :

 

 

Appelé Port des Marguerites dès 1554 (il existe toujours un chemin des Marguerites dans le prolongement du chemin du Port des Places), il tient son nom actuel de Maître Etienne Place, avocat à la Cour de Bordeaux, qui en reconnaît les « places vides et aubarèdes le long de la mer » en 1626.

 

On peut lire dans un document de 1841 que le port des Places « était jadis très pratiqué pour la déposition des marchandises publiques », mais qu’ensuite il a surtout été accaparé pour l’usage exclusif des propriétaires du domaine des Places. Vendu à l’Etat en 1920, l’idée du Comité des Orphelins de l’Armée fut d’aménager dans cette propriété l’orphelinat des Places pour recevoir les enfants dont les parents avaient été « victimes du Devoir ».

 

Il s’agissait d’une colonie agricole connu sous le nom de la Colonie Henry, famille dont un membre fut maire de Cadaujac. Les jeunes s’exerçaient à l’élevage de porc et de vaches, au jardinage dans le potager, aux travaux de la vigne et à l’élaboration du Cru des Places. L’endroit accueillit également les réfugiés espagnols en 1936-1937, dont un certain Luis Mariano ! Le plus grand bâtiment sera détruit en 1993.

 

Il est bon de rappeler que cette vitalité du fleuve se retrouvait également au niveau du réseau hydraulique intérieure, puisque jusqu’au XIXème siècle, la quasi-totalité des rivières et petits esteys étaient navigables. Ce moyen de communication était d’ailleurs plus sûr que les routes mal entretenues et dont les zones boisées telles que le Bouscaut renfermaient quelques brigands malveillants

 

 

 

 

 

 

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