Notre patrimoine à nous tous - - - Incendies : Vient maintenant le temps de l’action - - - lettre du Président de la Maison de la Forêt de Bordeaux

Maison de la Forêt Bordeaux

La colère des sylviculteurs est immense. Une colère froide, mêlée d'amertume devant le manque de reconnaissance d'un métier qui, depuis des générations, construit, entretient et protège le massif des Landes de Gascogne. Le temps des bilans viendra...

Mais aujourd'hui, la coupe est pleine.  Depuis plusieurs jours, les incendies donnent lieu à une avalanche de commentaires approximatifs sur certains plateaux de télévision et dans les médias. Pseudo-experts, spécialistes autoproclamés et donneurs de leçons rivalisent de certitudes. Les « il n'y a qu'à » et les « il faut qu'on » se succèdent, souvent sans aucune connaissance de la réalité de la forêt cultivée, de la sylviculture ou des contraintes du terrain.

Pendant ce temps, des femmes et des hommes voient disparaître en quelques heures le travail de toute une vie. Certains ont perdu leur forêt. D'autres ont également perdu leur habitation. Pourtant, les sylviculteurs sont les grands absents du débat public. Pas un mot ou presque pour ceux qui investissent, entretiennent, reboisent, prennent des risques et assument, année après année, la responsabilité de gérer durablement le plus grand massif forestier cultivé d'Europe.

Le Syndicat des Sylviculteurs du Sud-Ouest tient, en revanche, à saluer le professionnalisme et le courage exceptionnels des sapeurs-pompiers, des forces de sécurité, des services de l'État, des collectivités, des entreprises de la filière forêt-bois, de la Maison de la Forêt (DFCI, CNPF, SYSSO) du monde agricole, de tous les bénévoles mobilisés et particulièrement ceux de la DFCI. Tous sont dans l'action, loin des polémiques, avec un seul objectif : protéger les populations et préserver notre forêt.

Car le massif des Landes de Gascogne n'est pas seulement un patrimoine naturel. C'est une filière stratégique qui génère en Nouvelle Aquitaine, plus de 10 milliards d'euros de chiffre d'affaires, représente près de 60 000 emplois, fournit une matière première renouvelable indispensable à la décarbonation de notre économie, stocke durablement du carbone et contribue à la biodiversité.

Nous regrettons également le silence de nombreux responsables politiques. Les sylviculteurs attendaient un message de soutien et de reconnaissance. Ils ne l'ont pas entendu. Pourtant, le sylviculteur de 2026 est un véritable entrepreneur, un producteur de bois, un acteur majeur de la transition écologique et un gestionnaire responsable de territoires. Ce métier mérite le respect, pas les caricatures.

Les faits doivent rester au cœur du débat. Neuf incendies sur dix sont d'origine humaine. Les sinistres de Saumos et de Biscarrosse le rappellent une nouvelle fois. Les incendies frappent aujourd'hui toutes les forêts françaises, européennes et mondiales, y compris celles où le pin maritime est totalement absent.

Comme le souligne le chercheur Sylvain Delzon : « Le problème n'est pas le pin maritime en soi, mais le fait que la forêt soit extrêmement sèche. Le sol sableux ne retient pas l'eau. »

Les incendies que nous connaissons sont avant tout la conséquence du changement climatique, de sécheresses exceptionnelles et d'imprudences humaines. Instrumentaliser cette catastrophe pour remettre en cause des décennies de gestion forestière serait une faute.

Le temps de l'analyse viendra. Il devra être scientifique, objectif et partagé. Mais ce n'est pas le moment de construire des procès à charge ou d'imposer, sous le coup de l'émotion, des décisions qui engageraient durablement l'avenir de notre forêt.

En revanche, il est temps de préparer l'après. Les défis qui nous attendent sont immenses. Ils nécessiteront un engagement durable de la Nation, avec des moyens financiers à la hauteur des enjeux : renforcer la prévention, améliorer les capacités de lutte contre les incendies, protéger durablement les massifs forestiers et accompagner les sylviculteurs dans la reconstruction des forêts sinistrées.

Il y aura incontestablement un avant et un après 2026.

Le SYSSO ( Syndicat Sylvicole du Sud Ouest) sera force de proposition. Mais il sera également extrêmement vigilant. Les sylviculteurs refusent d'être désignés comme les responsables d'une catastrophe dont ils sont les premières victimes. Ils attendent désormais de l'État, des élus et de l'ensemble des acteurs publics une véritable politique forestière nationale, ambitieuse, cohérente et durable.

Notre forêt mérite mieux que des polémiques. Elle mérite des actes.

Nicolas LAFON  Président du SYSSO - MAISON DE LA FORÊT

6 parvis des Chartrons - CS 92106 - 33075 BORDEAUX CEDEX
Tél. 05 57 85 40 13 - ssso@maisondelaforet.fr

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