Saint-Morillon :Le Château Plantat par P Delpech, le domaine de La Fouquette par MP Beau de Loménie, le moulin du Carat d'après Mme Lalanne

* parlez moi du Château Plantat

 

Sous la dénomination de « Plantat », le cadastre de 1846 identifie à la fois un ensemble de bâtiments et les terres qui en constituent le dégagement jusqu’à la route de Cabanac à Saint-Morillon. Aujourd’hui, lorsqu’on accède à « Château Plantat » par l’allée qui traverse ce dégagement, on découvre un alignement conséquent de constructions où alternent les bâtiments à vocation d’exploitation et ceux à vocation d’habitation. A première vue, l’allure générale est caractéristique du style en vogue dans les années 1930-1940 mais l’organisation des lieux, quelques éléments architecturaux et quelques documents montrent bien que les travaux effectués à cette époque ont surtout modifié l’apparence de bâtiments plus anciens. L’antériorité de l’occupation des lieux est attestée par la carte de Belleyme (18èS) où « Le Planta » est symbolisé par deux établissements distincts. Cet état est confirmé sur le cadastre de 1846 où deux propriétaires se partagent ce qui aujourd’hui est regroupé en un seul ensemble. Sous l’Ancien Régime, Plantat relevait de la Maison Noble de Luzier ou de la Motte Darriet. Il est établi que, depuis au moins le 16èS, cette Maison Noble était une dépendance de la baronnie de Landiras, propriété de la famille de Montferrand. Et, cela, jusqu’au 30 juillet 1754 lorsque Charles de Secondat, Baron de La Brède, fit l’acquisition de François Armand de Monferrand, Marquis de Landiras, des droits seigneuriaux et de droits de propriété sur la Maison Noble de Luzier (en 1811, les Montesquieu étaient toujours propriétaires de terres à Plantat, comme à Calenta et à Luzier où ils étaient aussi propriétaires du moulin). Une terre relevant d’un seigneur est une chose qui va de soi sous l’ancien régime ; lorsque ce seigneur s’appelle Montesquieu cela est déjà moins banal. Une anecdote attachée à Plantat contribuera elle aussi à tirer ces lieux de l’anonymat historique. Dans les années 1770, un André Subervie, marchand, habitant de Saint-Selve possède à Plantat « une pièce de bois taillis de petite contenance ». Le fils de Montesquieu, Jean-Baptiste de Secondat, réclame à Subervie « l’hommage » qu’il lui doit au titre des règles féodales. Devant le peu d’empressement de Subervie à s’exécuter, Jean-Baptiste de Secondat le menace « de faire procéder par saisie féodale sur la dite pièce », c'est-à-dire de le déchoir de ses droits de propriété (après dédommagement toutefois) comme l’y autorisent les droits seigneuriaux. Devant la menace, André Subervie se plie, le 14 janvier 1775, à cette procédure d’un autre âge : « Devant le dit Seigneur de Secondat le dit Subervie a mis un genou à terre, tête nue, sans gants, épée, botte, éperon et, en cet état, a promis et juré au seigneur la foi et fidélité qu’il lui doit ». Après que Subervie ait « offert le baiser de bouche », le seigneur l’a « pris par la main et fait lever et lui a promis la protection secours et garantie que tout seigneur doit à son vassal ». Cette forme très traditionnelle de l’acte d’allégeance est celle qui liait au Moyen Age le suzerain et le vassal noble. L’imposer à un « marchand » donc a priori à un roturier et pour une modeste pièce de bois taillis…, cela surprend, surtout à moins de 15 ans de la Révolution et de la part du fils de Montesquieu. Le père est reconnu comme ayant « préconisé les principes qui ont été à la base de la Révolution de 1789 » (cf. Encyclopédie Quillet). Une conclusion s’impose : la leçon est mal passée du père au fils…

 

Domaine de La Flouquette

site classé .

 

Avant la Révolution, la Flouquette faisait partie des domaines de Montesquieu: elle n'était alors qu'un rendez-vous de chasse qui comportait seulement 5 pièces. A l'époque du Directoire, c'est un nommé Bontemps du Barry qui l'agrandit, en lui donnant son allure actuelle, dans la tradition des demeures du bordelais que les élèves de Victor Louis ont édifiées. Cela explique les 2 façades différentes: celle du Nord, surélevée, et celle du Midi, basse et coiffée d'un toit en pente douce. Les descendants de Bontemps du Barry ont laissé la place aux Roullets. M. Roullet, haut magistrat, fut un des premiers avocats qui s'occupèrent de la défense de Madame le Duchesse de Berry; en reconnaissance, celle-ci lui offrit son rouet. Les lettres du voisin Laisné laissent imaginer qu'à cette époque, la Flouquette était comme il le dit: "un petit paradis". La Flouquette fut achetée par les Bergonié en 1913. Il semble que ce grand chasseur et grand réalisateur ait donné à ce domaine sa plus grande prospérité. Bergonié était un médecin radiologue célèbre et il fut un des premiers martyrs de la Science. Jean Alban Bergonié est mobilisé , dès août 1914, à 57 ans, en tant que médecin-chef des armées. Il milité pour la chirurgie au plus près des lignes, et invente un ELECTRO-AIMANT à circuit alternatif qui aide à localiser et extraire les projectiles inclus dans les tissus . Le mécanisme est installé au Grand-Lebrun à Bordeaux . Préoccupé par la rééducation et la réinsertion des grands bléssés , il reçoit des poilus convalescents en son domaine de la Flouquette , annexe de l'hôpital de La Solitude ( à Martillac). En marge de ses recherches, le professeur avait créé un élevage de porcs en liberté dans la chênaie qui s'étendait derrière la "Ferme". Plusieurs animaux furent présentés dans des concours agricoles et y furent primés, comme en attestent encore aujourd'hui les plaques apposées sur le linteau d’une dépendance appelée "Rouve" . Un taureau de son élevage fut envoyé en Cochinchine pour la reproduction… Durant la de guerre 1914-18, Bergonié dirigeait un hôpital militaire à Martillac et il avait converti une partie de la Flouquette en maison de repos qui recevait les blessés convalescents… Bergonié mourut en 1925 après avoir subi de terribles amputations. Le Centre médical du Cancer à Bordeaux porte aujourd'hui le nom de "Centre Bergonié" …. Aujourd'hui la Flouquette est la propriété de la famille Beau de Lomenie qui héberge ses visiteurs en chambre d'hôtes et gîtes ...

texte de Marie Pierre Beau de Loménie

 

Le Moulin du Carat ( Moussurot) Le moulin de Jean Bertrand sur le Gât Mort à Saint-Morillon (33 650) , par Françoise et Philippe Delpech, avec l'aimable autorisation des propriétaires Madame Gisèle Lalanne et Mademoiselle Nicole Lalanne .

 

 

Historique par Philippe Delpech:

Peu de choses à dire en l’état de nos connaissances.

Connu plus anciennement sous les noms de Moulin du Carat ou de Jean Bertrand, nous ignorons (comme pour la majorité de ce type d’ouvrages) sa date d’origine. Mentionné (comme tous les autres moulins dont on connaît les restes sur le Gât Mort) sur la carte de Belleyme (XVIIIèS), rien n’empêche de dire que le site a été occupé au Moyen Âge, rien ne permet de l’affirmer.

On sait qu’il fit partie des biens de Montesquieu qui, en 1746, racheta le moulin aux de Litteris, seigneurs de Saint-Selve, en même temps qu’il leur rachetait les droits seigneuriaux pour la partie rive droite de Saint-Morillon.

Les aménagements hydrauliques :

Le principe de réalisation de ce moulin, comme de tous ceux du même type, était de détourner l’eau de la rivière selon une pente moindre que celle de son cours naturel. Le gain de dénivellation obtenu devait être suffisant pour permettre à la fois une chute d’eau au niveau du moulin et suffisamment de pente résiduelle en aval pour la restitution de l’eau à la rivière.

 

Cette partie aval du moulin : le canal de fuite, ne posait pas d’autres problèmes que les terrassements nécessaires et suffisants pour l’évacuation de l’eau. Ici, les restes visibles en sont beaucoup plus conséquents que sur les autres moulins du Gât-Mort.

En amont du moulin, le bief nécessitait des travaux beaucoup plus importants et beaucoup plus délicats. Il devait, à la fois, assurer une réserve d’eau conséquente et, comme déjà dit, le gain de dénivellation nécessaire. Mais aussi gérer le flux d’eau pour éviter à tout prix la submersion du moulin ainsi que celle des digues de terre très vulnérables à un ravinement intense. Le moyen de cette gestion est toujours un conséquent ouvrage de pierre appelé le barrage ou, dans la région, l’échac, toujours construit en bel appareil de blocs parallélépipédiques en pierre d’excellente qualité, parfaitement ajustés.

Ces ouvrages sont équipés d’écluses -ou passe mesure- (en général deux). Les saignées, visibles dans la paroi, contenaient des glissières en bois dans lesquelles coulissaient les pelles. Tout au sommet de l’échac, une large mais peu profonde échancrure dans le massif de pierres, le déversoir. Il fixait le niveau supérieur des eaux dans le bief en même temps qu’il sécurisait l’évacuation d’un éventuel surplus.

A Moussurot ce barrage se situe à une vingtaine de mètres en amont de la passerelle. A côté du déversoir, il ne comporte qu’une seule écluse, relativement étroite, à l’évidence insuffisante pour dévier du moulin l’eau du Gât-Mort si besoin était. Un autre ouvrage du même type, mais sans déversoir, a donc été construit en aval, plus près du moulin. Il n’a, lui aussi, qu’une seule écluse mais deux fois plus large que la précédente.

Le cours actuel du Gât-Mort, sous la passerelle, pose problème. Il est évident qu’il va de pair avec l’arrêt du moulin puisque, en l’état, il en exclut toutes possibilités d’alimentation en eau.

Si, dans un état précédent, il y avait à cet emplacement un troisième ouvrage aujourd’hui disparu, il figurerait obligatoirement sur le cadastre de 1846. Or, celui-ci ne montre la présence que de deux dérivations d’eau. On peut en déduire que la digue était en continuité au niveau de la passerelle.

Le passage actuel de la rivière à ce niveau est-il la cause ou la conséquence de l’arrêt du moulin ? La brèche a-t-elle été ouverte volontairement après son arrêt pour en assainir les abords ? A-t-elle été la conséquence d’une crue mal gérée ou trop forte ? Pas de réponse pour l’instant. Les moellons que l’on voit dans le lit à cet endroit ne correspondent pas au type d’appareil que nécessite la construction d’un barrage. Alors ? Renforcement des berges ? Tentative infructueuse de colmater une brèche ? ou affleurement naturel du socle rocheux (carrière de Curtot) ?

A voir….

Le moulin

Toutes les superstructures (toitures et murs) de ce que l’on appelait la chambre des meules ont aujourd’hui disparu. Subsiste, par contre, l’intégralité de ce qu’il y avait en dessous.

Juste avant le moulin, le bief se resserre et ses parois sont empierrées. D’abord du moellon puis le bel appareil parallélépipédique (comme au barrage).

Sur la gauche, en se positionnant face à l’entrée, un petit escalier. Cet élément, commun aux moulins de ce type mais bien souvent disparu, permettait de descendre dans le bief pour débarrasser l’entrée d’éventuels embâcles. A cette entrée, un éperon : l’avant-bec, divisait le flot en deux pour l’alimentation de chacun des deux jeux de meules qui équipaient le moulin. Ici, les couloirs d’amenée des eaux qui font suite sont recouverts d’une large chaussée faite de spectaculaires barres de pierre.

A l’extrémité de ces deux couloirs, des pelles permettaient de régler le débit d’eau nécessaire à la mise en mouvement des meules.

Dans les moulins de la région, pas de grande roue dressée contre un mur. Tous fonctionnaient selon le principe de la roue horizontale : sous la chambre des meules, une roue à augets était mise en mouvement par la force de l’eau. Sans intermédiaire autre qu’un arbre central, le mouvement de rotation était directement transmis à la meule tournante.

Tous nos moulins utilisaient deux variantes de ce système à roue horizontale :

1)La roue est disposée dans un espace libre, assez large, et une trompe canalise le jet d’eau sur les augets.

2)Le système dit du rouet à cuve. La roue est disposée au fond d’une cuve circulaire bâtie en pierre ; l’eau est introduite par une fente étroite sur le côté du cylindre et s’évacue par en dessous. « L’eau entre suivant la tangente au cylindre, gonfle et s’introduit dans le cylindre en formant un tourbillon ; elle contraint la roue horizontale qui y est de tourner avec elle » (l’Encyclopédie). Deux forces se combinent pour faire tourner la roue : la force du tourbillon et le poids de l’eau dans la cuve.

Bien que ce système à cuve soit d’une technologie plus récente, les deux systèmes décrits ont été utilisés simultanément dans chacun des moulins de notre région jusqu’à leur abandon définitif.

Ici, des modifications architecturales visibles au niveau d’une des arches de sortie du moulin montrent qu’il a été l’objet de réaménagements.

 

Les meules :

Chacun des deux jeux de meules qui équipaient le moulin était constitué d’une meule dormante, fixe, au-dessus de laquelle tournait la meule volante. Les rainures visibles sur leurs surfaces « meulantes » favorisaient le broyage des grains et l’éjection de la farine. La solidarisation mécanique de l’arbre moteur et de la meule volante se faisait par l’intermédiaire de l’anille. Cette pièce de blocage, scellée dans un évidement de la meule volante, rappelle par sa forme un nœud papillon. Cette image de l’anille a souvent été utilisée comme symbole de la meunerie.

Trois de ces meules sont visibles autour du moulin ; elles sont constituées de blocs de meulière (pierre siliceuse d’origine lacustre) cerclés autour d’une pierre centrale en calcaire ; le boitard. De nombreux blocs de meulière, vestiges de meules hors d’usage, sont visibles, en réemploi, dans les constructions qui subsistent.

A notre connaissance, la mine de meulière la plus proche est à Domme en Dordogne, la plus célèbre à La Ferté-sous-Jouarre en Seine-et-Marne.

Ph.Delpech


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